Quésaco : Motricité libre

12.6.18



Je vous vois venir à 10,000. Soit vous savez ce que c'est, l'avez adopté, ou non, soit vous vous demandez ce que c'est encore que ce nouveau truc de bobo hein ?

Je vais essayer d'apporter beaucoup de nuances à cet article afin d'être le moins excluante possible. C'est une nouvelle pratique incontournable, de plus en plus enseignée aux professionnelles de la petite enfance et développée, vantée auprès des parents par des kinés, pédiatres, auxiliaires ou encore puéricultrices.

Règles


La pratique est assez simple et pourrait se résumer en 2 grandes règles. Promis c'est pas trop dur à retenir... Les voici :
- poser son enfant sur le dos* sur un tapis adapté
- et le laisser faire !

* Tout en restant attentif à la plagiocéphalie ou à respecter les consignes médicales données dans ce cadre lors d'un diagnostic

Ça va, je ne vous ai pas perdu ? Super, alors continuons ! Cela signifie donc :
- que l'on ne place pas un enfant dans une position qu'il ne sait pas prendre ni quitter par lui même*
- que l'on évite de limiter ses possibilités de déplacement en le plaçant dans du matériel de puériculture inadapté, tout en continuant de veiller à sa sécurité physique.

De cette manière, l'enfant apprendra seul, plus ou moins dans cet ordre** à :
- se regrouper (mettre les mains et les pieds à la bouche, devant lui...)
- se placer sur le côté
- se retourner sur le ventre
- se retourner sur le dos
- pivoter au sol
- se déplacer en roule-boulant
- ramper en arrière
- ramper en avant
- se déplacer à 4 pattes
- se mettre assis
- prendre la position du chevalier servant
- se mettre debout
- se déplacer debout avec/entre des appuis
- se déplacer seul

* Veillons à respecter avant tout le confort de nos enfants qui ne naissent pas tous égaux et sont parfois touchés par différents troubles (voir **) qui conseillent  à nos petits coeurs d'humains de nous adapter
** Ordre non contractuel de la motricité libre, varie en fonction de divers troubles chez l'enfant pouvant modifier le développement de sa motricité comme l'hypertonicité, l'hypotonicité, la présence de reflux pathologique, d’œsophagite, de blocages comme des torticolis, de maladies génétiques etc.

Et c'est ainsi, que petit à petit, l'enfant va se muscler par lui même et va acquérir une nouvelle étape motrice lorsque ses muscles lui permettront. Mettre un enfant debout alors même qu'il n'est pas assez musclé pour ramper n'a donc pas tellement de sens. En apprenant à se retourner, l'enfant muscle son dos, qui va lui permettre de pouvoir rester longtemps en appui sur ses avant bras, ce qui va lui permettre de pivoter et de travailler ses appuis des jambes, ce qui va lui permettre de ramper, puis de remonter ses fesses en l'air, de se déplacer à 4 pattes, de poser ses fesses sur ses pieds et ainsi de se mettre assis et... Vous avez compris le principe. En principe.

En mettant un enfant dans une position qu'il n'a pas acquise de lui même, vous risquez de voir se développer chez lui une hypertonicité par exemple. Les enfants mis assis ou debout trop tôt, développent alors certains muscles prématurément avant de savoir faire autre chose à leur portée. Ce qui rendra difficile leurs apprentissages de base. De plus, ils se font rapidement à cette nouvelle position, ils aiment tellement ça qu'ils ne veulent plus se remettre dans la position de base et ont ensuite du mal à apprendre à faire seul, ils deviennent alors complètement dépendant de l'adulte. 

Quel bel exemple que les enfants qui se déplacent sur les fesses. D'après les kinés, ce serait des enfants qui ont eu l'habitude d'être tenus assis ou mis assis avant l'heure (la leur), et qui peut être, ne veulent plus être remis sur le dos. Et comme ils ne savent pas entrer dans cette position seul, ils ne savent pas en sortir. Et alors, la seule possibilité pour eux de se déplacer, c'est de le faire sur les fesses.

Avec la motricité libre, on fait confiance à l'enfant. Il saura tout faire en son temps qui lui est propre.  Pourquoi brûler des étapes* ? Avec cette pratique, l'enfant a une entière conscience de son corps, ayant eu l'occasion d'expérimenter beaucoup de choses au sol et le contact direct, et développe lui aussi confiance en lui, en ses capacités. Il a l'occasion d'expérimenter petit à petit la conscience de la hauteur via l'acquisition progressive de la verticalité. Il a également eu l'occasion de faire des erreurs motrices. Tomber pour mieux se relever. C'est pareil avec la bosse en se cognant par terre en tentant de se retourner par terre. C'est ainsi que bébé apprend à retenir sa tête au moment crucial. Tout comme c'est en tombant qu'il apprend à développer ses réflexes de protection pour protéger sa tête, à mettre un pied devant l'autre pour marcher.

* Encore une fois, à moins que l'enfant souffre d'une pathologie

En parlant de réflexes, j'ajouterai que les étapes de l'horizontalité sont vraiment nécessaires à l'acquisition de ceux ci. En respectant chacune de ces étapes, les enfants prennent petit à petit conscience de la hauteur et de la gravité. Un enfant mis debout alors même qu'il ne sait pas ramper, n'a aucune conscience de la notion de hauteur ni les muscles nécessaires à son maintien. C'est au sol, d'abord sur le ventre, la tête par-terre, qu'il fait connaissance avec le phénomène de gravité. En la levant, en sentant son poids. Tout comme lors du roulé-boulé, en la retenant. Et plus les expériences seront répétées, et plus elles seront inscrites dans son corps puis acquises. En apprenant à se mettre debout seul, l'enfant apprend également à sortir de la position, parfois il tombera de tout son poids sur ses genoux, et il n'y a que de cette manière, qu'il développera des réflexes de protection efficaces, une manière de protéger son corps des blessures. Ce manque de réflexes dû au non respect de la motricité libre, je le constate malheureusement tous les jours à mon travail. Les 2 seuls enfants que j'ai eu la joie de garder qui pour une raison de reflux, ou d'arrivée en garde tardive avec une précédente expérience motrice limitée et en cours de ré-éducation, étaient les 2 seuls enfants, sur les 17 passés en 5 ans, pour lesquels le réflexe de placer les mains lors d'une chute frontale (horizontale et verticale) était absent ou fortement limité (et cela m'a conduit plus d'une fois à appeler le 15...). Cela m'a énormément questionné et c'est pourquoi aujourd'hui je tiens si fermement à faire connaître les rouages de la méthode.


Puériculture


De la même manière que nos gestes auprès de l'enfant ont une influence sur son développement moteur, le matériel de puériculture en a lui aussi.
- Le transat : empêche bébé de se déplacer
- Le boudin d'assise : place l'enfant dans une position qu'il n'a pas acquise lui même avec les conséquences citées ci dessus (idem pour le coussin d'allaitement)
- Le youpala / trotteur (attention différent du porteur) : place l'enfant dans une position qu'il n'a pas acquise de lui même, apprend à bébé à se déplacer sur la pointe des pieds par la suspension (position non physiologique) empêchant le posé à plat du pied au sol, habitue les bébés à se lancer en avant pour avancer - ce qui une fois l'apprentissage de la marche venue peut s'avérer très dangereux car non développement des réflexes de protection par inexpérience
- Les arches d'éveil : offre toute la stimulation nécessaire à bébé à sa portée et ne l'aide pas à aller voir plus loin (en soit pas nocif, mais on peut s'en passer non ?).

Du coup, grâce à ce principe on tend aussi vers encore plus de simplicité heureuse qu'en pensez vous ? Des jouets adaptés à bébé posé sur un bon tapis, et le tour est joué ! Michèle Forestier dit même que ses propres mains, ses pieds, une caisse posée au sol faisant office d’obstacle, les pieds en bois de la table font les plus merveilleux jouets du monde et que le reste n'est qu'accessoire.



Sécurité


Il y a cependant quelques bonnes règles pour le bon déroulement de cette pratique, de logique mais toujours utiles de rappeler pour limiter les accidents domestiques :
- assurer une parfaite sécurité du logement au niveau électrique : ajouter des protections aux prises électriques, ne pas laisser de câbles ou de multi-prises à portée de petites mains (on trouve toujours une solution)
- veiller à supprimer tout risque de suffocation (pas de sac ou sachets plastique à la portée des enfants), d’étouffement (petits objets qui s'avalent), d'intoxication/empoisonnement (produits d'entretien toujours hors de portée), de pincement (portes de placard bloquées)
- ne culpabilisez pas d'avoir recours à des parcs en cas de présence d'animaux domestiques : le parc ne limite pas complètement les déplacements de l'enfant (même s'il en expérimente les limites trèèèès rapidement), lui offrent même un support (les barreaux) pour la position du chevalier servant, le sécurise pour ne pas être griffé par un chat ou mordu par un chien (même les plus gentils ont des réflexes en cas de gestes brusques ou douloureux des bébés) tout cela à condition, à ce que l'enfant ne soit pas noyé de jouets à l'intérieur de celui ci. Michèle Forestier vous dirait de placer l'animal dans le parc plutôt. Je n'ai pas d'animaux et ne suis pas là pour juger vos pratiques alors, comme on le dit toujours : faites comme vous pouvez et voulez !
- n'hésitez pas à relire ce document de prévention pour faire le tour de la question et vous assurer de pouvoir commencer cette pratique l'esprit tranquille

Et les enfants élevés grâce à la motricité libre, sont des enfants qui prennent beaucoup de libertés, veillez à ce que celle soit-ci soit sécurisante pour eux ! C'est que ça vadrouille ces petits trucs...


Oui j'ai un transat, car j'ai aussi un bébé très intolérant au lait animal, et dès lors que j'en consomme, Callie régurgite très acide et son reflux devient pathologique. Je prends garde à n'en consommer sous aucune forme, mais rarement, principalement le weekend au restaurant, je pêche. Je veille donc à limiter les régurgitations en la laissant en position relevée 15 minutes après chaque tétée.

Mes coups de coeur


Et comme la sécurité passe aussi par avoir un bon matériel, aux normes, je vous recommande ceci :
- Un tapis Wesco en toile cirée, idéal à nettoyer et pour avoir de bons appuis non glissants, sans COV !
- Un miroir Wesco en plexiglas, ne casse pas, idéal pour stimuler la curiosité de bébé et ouvrir son champ de vision OU un lot de 4 (ou 2 lots) de miroirs Ikea, moins safe, mais pas chers et efficaces ! 
- Une tringle à rideaux en bois faisant office de barre de maintien, idéale pour offrir à bébé un nouvel appui pour se lever et pas chère !
- (Facultatif) Accessoirisez le tout avec des mobiles Montessori, des objets en tissus pour la barre, ajoutez quelques hochets en bois, balles de préhensions diverses et bébé est prêt à explorer le monde qui l'entoure !

Et si je ne veux pas ?

C'est que tu as tes raisons, et elles ne se remettent pas en question, elles t'appartiennent. Ce n'est pas parce qu'on ne pratique pas la méthode que l'enfant soufrera des troubles moteurs ou qu'il ne marchera jamais. La motricité libre est aussi un état d'esprit, cela peut tout à fait ne pas coller à ta personnalité, la façon dont tu es mère ou père, à celle de ton enfant non plus d'ailleurs. On peut aussi faire un "mix" de cette méthode, mettre bébé dans un transat par exemple, mais ne jamais le placer dans une position qu'il ne sait pas prendre seul au sol (assis ou debout). Je vous présente la motricité libre telle qu'elle est point par point (mais de manière plus concise tout de même, sujet passionnant qui fait l'objets de livres entiers), expliquée par les spécialistes, mon but est de transmettre ces idées, qui ne sont pas les miennes mais pour lesquelles j'adhère à 100% au vu de mon expérience professionnelle personnelle, pas de mentir, ou de ménager qui que ce soit. 

Je ne suis pas là pour vous juger, juste pour retransmettre ce qui a été dit, lu, et vu. De cette manière, chaque personne peut prendre ce qu'elle souhaite, laisser ce qui ne lui convient pas. Nous sommes des adultes, libres :) 

Bonne gymnastique !

Bavardages

Bavarder :